PREFLORE – La prévention des chutes à la mer en 4 étapes

Entre 2010 et 2015, l’IMP a enregistré 57 décès de marins inscrits à l’ENIM dus à des accidents professionnels. Alors que 17 décès sont la conséquence d’un évènement de navire, 40 font suites à un évènement de personne. Parmi eux, on compte 23 décès consécutifs à une chute à la mer et 17 consécutifs à un autre type d’accident de travail maritime (ATM). Sur la période récente, les chutes à la mer sont la première cause de mortalité professionnelle des marins… devant les événements de navire. De ce fait, elles constituent – encore et toujours – une priorité de prévention. Partant de ce constat, dans la continuité des actions qu’il mène depuis le milieu des années 2000, l’IMP a décidé de remettre l’accent sur la chute à la mer et de lui consacrer un dossier complet dont l’objectif est d’aider les acteurs du secteur maritime à prendre en main et traiter cette problématique. Ce dossier est intitulé PREFLORE, acronyme des quatre étapes qui doivent être considérées lorsque l’on s’attaque à la prévention des chutes à la mer et de leurs conséquences dramatiques.

Première étape qui consiste à éviter la survenue de l’accident. Les situations de travail exposant les marins à un risque de chute à la mer doivent être identifiées. Des mesures de prévention adaptées doivent être mises en place pour les éliminer.
Malgré les mesures de prévention primaire mises en place, une chute à la mer peut survenir. L’homme à la mer doit être équipé d’un VFI adapté et en bon état pour assurer sa flottabilité et ainsi, lui permettre de gagner de précieuses minutes pour être secouru.
La localisation d’un homme à la mer, même équipé d’un VFI, peut être difficile à partir du navire ou pour les secours. L’homme à la mer doit être équipé d’une balise individuelle et de dispositifs de signalisation pour faciliter son repérage et son ralliement.
Un homme à la mer, équipé d’un VFI, localisé et repéré doit être enfin récupéré pour être mis définitivement en sécurité.

Enseignements relatifs à la mortalité professionnelle et aux chutes à la mer issus de la base de données Événements de mer

La base de données Événements de mer est une base de données interne à l’IMP. Elle est renseignée à partir de plusieurs sources d’informations : Presse, BEAmer, Préfectures Maritimes, CROSS… Mise en place à la fin des années 2000, elle permet à l’IMP de suivre deux types de données : la mortalité professionnelle d’origine accidentelle et le rôle du VFI dans les situations d’urgence que sont, d’une part l’abandon du navire, et de l’autre la chute à la mer. Au total, sur la période 2010-2015 et pour l’ensemble du secteur maritime, elle comprend 57 décès professionnels d’origine accidentelle.

Répartition des décès professionnels par type d’accident et secteur d’activité

La pêche concentre 74% des décès professionnels d’origine accidentelle : 42 cas sur 57. Parmi ces décès, 19 sont dus à des chutes à la mer. C’est la plus grande part – 45% – des décès enregistrés à la pêche. C’est également 83% de la totalité des 23 chutes à la mer ayant entraîné le décès d’un marin inscrit à l’ENIM. Ces résultats sont sans commune mesure avec la part que représente la pêche dans l’emploi maritime… autour de la moitié des Équivalents Temps Plein (ETP). Par conséquent, ils démontrent que ce secteur d’activité est touché par une surmortalité manifeste, liée notamment aux chutes à la mer.

Dans la priorité que constituent les chutes à la mer, le secteur des pêches apparaît clairement comme une priorité dans la priorité.

Répartition des décès professionnels par type d'accident et secteur d'activité

Impact du VFI sur la survie ou le décès des marins victimes d’une chute à la mer

Sur la période 2010-2015, tous secteurs maritimes confondus, 38 chutes à la mer ont été recensées dans la base Événements de mer. Au total, elles ont impliqué 50 marins dont la survie, à l’inverse, le décès et le port ou non d’un VFI sont récapitulés dans le graphique de droite. Concernant les marins sains et saufs, les analyses sont limitées car il existe un doute raisonnable sur la représentativité de l’échantillon enregistré. En effet, il est probablement très inférieur à la réalité. Le plus souvent, les chutes à la mer sans conséquence dramatique ne sont pas signalées et ne peuvent donc pas être répertoriées. Ce biais n’existe pas pour les décès dont l’échantillon enregistré est considéré comme représentatif, pour ne pas dire exhaustif. Pour 17 décès consécutifs à une chute à la mer, sur les 23 enregistrés, la victime ne portait pas de VFI.

Les trois quarts des marins qui sont morts des suites d’une chute à la mer ne portaient pas de VFI.

Impact du VFI sur la survie ou le décès des marins victimes d’une chute à la mer

Typologie des chutes à la mer

Par convention, la situation de « chute à la mer » englobe tous les événements de personnes qui se terminent par la présence d’un ou plusieurs marins dans l’eau. Elle couvre trois types d’accidents très différents dans la nature des dangers auxquels ils renvoient :

  • la chute par-dessus bord proprement dite <=> danger : chute par-dessus bord,
  • la traction par-dessus bord, généralement du fait de l’engagement dans un engin de pêche au filage <=> danger : accroché, happé, entraîné par…,
  • la projection par-dessus bord suite à un choc avec une masse en mouvement <=> danger : frappé, fauché, coincé, écrasé par…

Pour la période 2010-2015, la répartition des 50 marins victimes d’une chute à la mer est indiqué le tableau de droite.

Typologie des chutes à la mer

Enseignements issus de la base de données Océanos

Les situations de « chute à la mer » liées à des chutes par-dessus bord sont les plus nombreuses. Avec les deux tiers des cas, ce sont également celles qui sont à l’origine du plus grand nombre de décès. Avec 26% des événements enregistrés, mais aussi des décès, viennent ensuite les chutes à la mer dues au risque d’être accroché, happé, entraîné par… On souligne que ce danger et ses conséquences dramatiques concernent exclusivement la pêche, et même – plus précisément – le filage de l’engin de pêche, notamment à bord des navires pratiquant un art dormant : filet, mais surtout casier ou nasse. C’est une des données qui a conduit l’IMP à initier une étude spécifique sur ce métier ; étude qui a commencé fin 2016 et dont les résultats seront disponibles en 2018.

La base de données Océanos est la base de données dans laquelle sont enregistrés les Questionnaires ENIM sur les Circonstances des Accidents du Travail Maritime (QCATM). Depuis 1996, elle permet à l’IMP de faire des analyses statistiques de l’accidentologie professionnelle maritime, principalement d’ordre qualitatif.Sont analysés ci-dessous les QCATM dont la case « chute par-dessus bord » a été cochée, sachant que – dans Océanos – cette notion se rapproche plus de la « chute à la mer » que de la « chute par-dessus bord » au sens strict.

Statistiques – Pêche

Répartition par genre de navigation

Les chutes par-dessus bord surviennent principalement dans le genre de navigation « petite pêche », où elles sont nettement surreprésentées par rapport à l’ensemble des ATM : 52 % vs 38 %. Comparativement à l’ensemble des risques professionnels, il existe donc une surexposition du genre de navigation « petite pêche » au risque de chute par-dessus bord. Au total, concentration et surreprésentation des chutes par-dessus bord désignent le genre de navigation « petite pêche » comme une priorité de prévention.

Répartition par métier pratiqué

Répartition par métier pratiqu

Les chutes par-dessus bord surviennent principalement à bord des chalutiers : 32% ; une proportion qui, cependant, est très inférieure à l’ensemble des ATM : 45%. Proportionnellement, ce métier est donc moins sensible au risque de chute par-dessus bord qu’à l’ensemble des risques. À l’inverse, même si les proportions restent plus modestes, on observe une nette surreprésentation des chutes par-dessus bord :

  • à la drague : 16% vs 10% de l’ensemble des ATM,
  • au casier / nasse : 17% vs 7% de l’ensemble des ATM.

Dans ces deux métiers, comparativement à l’ensemble des ATM, le risque de chute par-dessus bord est anormalement élevé. Dans le cas de « casier, nasse », on souligne que la proportion des chutes par-dessus bord couvre probablement deux réalités : la chute par-dessus bord proprement dite et la chute à la mer due à un engagement dans l’engin de pêche.

Répartition par longueur du navire

Dans la droite ligne du résultat précédent, les chutes par-dessus bord se concentrent sur les navires de pêche < 12 m, où on retrouve également une nette surreprésentation par rapport à l’ensemble des ATM : 57% vs 36%. Comparativement à l’ensemble des risques professionnels, il existe visiblement une surexposition des marins qui travaillent à bord des navires < 12 m au risque de chute par-dessus bord. Au total, concentration et surreprésentation des chutes par-dessus bord désignent les navires de pêche < 12 m comme une priorité de prévention.

Répartition par occupation du blessé au moment de l’accident

Répartition par occupation du blessé au moment de l'accident

Les distributions des chutes par-dessus bord et de l’ensemble des ATM par occupation du blessé au moment de l’accident sont très différentes. Alors qu’elles sont relativement mineures dans la survenue de l’ensemble des ATM, deux tâches concentrent les plus grosses proportions et représentent à elles seules 41% des chutes par-dessus bord :

  • « filage de l’engin de pêche » : 22% vs 7% de l’ensemble des ATM,
  • « embarquement, débarquement du marin » : 19% vs 8% de l’ensemble des ATM.

De façon évidente, au regard du risque de chute par-dessus bord, ces deux tâches constituent des priorités de prévention. Dans le cas du « filage de l’engin de pêche », on retrouve probablement l’amalgame entre deux réalités distinctes que sont, d’un côté la chute par-dessus bord proprement dite, de l’autre l’engagement dans l’engin de pêche qui se conclut par une situation d’homme à la mer.

Statistiques – Commerce

L’analyse des chutes par-dessus bord au commerce est basée sur un échantillon restreint de 34 événements. C’est plus significatif que pour les cultures marines, mais à interpréter avec précaution néanmoins.

Répartition par genre de navigation

Répartition par genre de navigation_commerce

Les chutes par-dessus bord sont concentrées sur le domaine des activités portuaires (pilotage, remorquage, lamanage), dans une proportion 5 fois supérieure à l’ensemble des ATM : 47% vs 10%. Derrière, 29% des chutes par-dessus bord se rapportent à la « navigation côtière » ; une proportion supérieure de 9 points à l’ensemble des ATM : 20%. Au contraire, dans les genres de navigation « cabotage » et « long cours », les proportions de chutes par-dessus bord sont faibles à nulles et, dans les deux cas, très inférieures à l’ensemble des ATM.

Au commerce, ces résultats semblent indiquer que la chute par-dessus bord est d’abord et avant tout un problème de petits navires.

Répartition par occupation du blessé au moment de l’accident

Répartition par occupation du blessé au moment de l'accident_commerce

Comme à la pêche, les distributions des chutes par-dessus bord et de l’ensemble des ATM par occupation du blessé au moment de l’accident sont très différentes. Alors qu’elles sont relativement mineures dans la survenue de l’ensemble des ATM, deux tâches sont à l’origine de plus de la moitié des chutes par-dessus bord :

  • accostage, appareillage : 35% vs 9% de l’ensemble des ATM, soit une proportion 4 fois supérieure,
  • embarquement, débarquement du marin : 21% vs 7% de l’ensemble des ATM, soit une proportion 3 fois supérieure

Par rapport au risque de chute par-dessus bord, ces deux tâches sont clairement désignées comme des priorités de prévention.

Statistiques – Cultures marines

L’analyse des chutes par-dessus bord dans le domaine des cultures marines s’appuie sur un échantillon qui n’est composé que de 14 événements, ce qui est globalement faible et peu significatif. Pour cette raison, seul un élément statistique complémentaire a été retenu.

Répartition par position du navire

Répartition par position du navire

Les chutes par-dessus bord surviennent principalement alors que le navire est « en route », dans une proportion 12 fois supérieure à l’ensemble des ATM : 36% vs 3%. Dans cette position du navire, comparativement à l’ensemble des risques professionnels, il existe manifestement une surexposition des marins au risque de chute par-dessus bord. Derrière, les proportions de chutes par-dessus bord alors que le navire est « à quai » ou « en pêche » sont cohérentes avec la distribution de l’ensemble des ATM ; respectivement 29% vs 33% et 7% vs 9%.

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